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1. Les discours de haine, ça n’existe pas !

Ce n’est pas en disant que la haine ou l’incitation à la violence en ligne n’existent pas, qu’elles cessent pour autant d’exister. Certaines personnes préfèrent ne pas les nommer, mais cela ne change rien à la loi ou à la légalisation en la matière qui attestent toutes deux de l’existence des discours de haine.

Ce type d’argument est généralement utilisé de manière facile et simpliste afin de discréditer la lutte contre la haine en ligne. Malheureusement, et comme souvent dans la vie, ne pas nommer les choses et ne pas admettre leur existence ne les empêchent pas d’exister et d’avoir un impact sur nos vies et notre société.

Nommer les choses aide à reconnaitre l’existence d’un problème, puis à trouver les moyens pour le résoudre.

2. Évidemment que je connais les « discours de haine » !

Tout le monde pense connaître et savoir ce que sont les discours de haine – le terme paraissant aller de soi. Pourtant, les discours de haine regroupent une réalité complexe et aucune définition universellement adoptée n’existe. Bien que les discours de haine ne soient ni noir, ni blanc, les gens évitent la plupart du temps de faire l’effort de comprendre cette complexité.

Ce qui rend vraiment difficile la définition d’un discours de haine, c’est qu’il dépend de nombreux facteurs : le contexte, le public, le locuteur, les spécificités du langage et du vocabulaire employés, etc.

Dans le cadre de notre partenariat, chez Facing Facts, nous considérons que la haine en ligne c’est toute communication qui peut potentiellement heurter, dans un contexte donné, un individu ou un groupe d’individus du fait d’une ou plusieurs caractéristiques, réelles ou supposées. Cela peut être considéré comme légal ou illégal. Nous reconnaissons également le droit à la liberté d’expression et encourageons les réponses positives et proportionnées pour garantir l’équilibre de cette liberté tout autant que le droit à chacun d’être protégé en cas d’abus et de violence.

3. Les discours de haine, c’est facile de les reconnaitre !

Bien au contraire. Ce n’est pas comme du porno (que vous pouvez facilement reconnaître sans besoin d’en connaître la définition…). Les discours de haine posent une problématique complexe avec de nombreux facteurs déterminants et sans aucune définition universellement acceptée.

Il existe deux approches : le point de vue juridique et le point de vue conceptuel. La définition juridique doit être la plus précise possible en évitant de porter atteinte à la liberté d’expression. On peut par exemple citer la définition de la Commission européenne qui considère que les discours de haine constituent une incitation publique à la violence et à la haine.

D’autres définitions vont plus loin que cette définition juridique et se focalisent d’avantage sur les victimes et le préjudice causé. La définition proposée par Facing Facts se situe dans cette lignée.

4. Je ne peux plus détester personne !

Vous êtes libre de détester qui vous voulez. Personne ne vous conteste ce droit, même si cela ne vous aidera pas à vous sentir mieux. Cependant, si vous choisissez de détester un groupe de personne, de manière publique, vous devrez faire face aux conséquences de vos actes, de la même manière que si vous l’aviez fait dans la rue.

Pour résumer, vous pouvez détester quelqu’un ou quelque chose, mais pas de manière publique – et oui, les réseaux sociaux sont des espaces publics par défaut.

Aussi longtemps que vous empoisonnerez  votre propre vie avec de la haine, tout le monde s’en fichera. Mais à partir du moment, où vous propagerez cette haine publiquement, cela deviendra un problème. La vie publique, les espaces qui nous sont communs à tous, sont bien plus régulés.

5. Ceux qui combattent les discours de haine sont des censeurs !

C’est un grand classique, mais la réponse est : pas forcément ! L’une des façons de lutter contre les discours de haine est de signaler et de faire retirer les contenus. Mais, il existe bien d’autres possibilités : développer une veille numérique, un plaidoyer, des contre-discours, etc. Vous pouvez d’ailleurs découvrir et vous entrainer à ces nouveaux types d’actions en suivant les cours de Facing facts sur les discours de haine.

La conclusion c’est qu’il existe plus de possibilités pour lutter contre la haine que la seule suppression de contenus, et cela n’a rien à voir avec de la censure.

6. Ceux qui combattent les discours de haine veulent limiter la liberté d’expression

La liberté d’expression est incontestablement l’un de nos droits fondamentaux les plus importants. Cependant, ce n’est pas pour autant un droit absolu, c’est-à-dire que c’est un droit adaptable en fonction des situations et des circonstances données.

Notre liberté s’arrête où commence celle de l’autre, et cela est vrai pour la liberté d’expression. Quand la liberté d’expression est utilisée pour exclure les autres de la sphère publique et qu’elle sert à produire des actes haineux, elle n’est plus une liberté pour personne. Avec les libertés viennent toujours les responsabilités, avec les droits, les devoirs.

7. Les discours de haine c’est la vraie nature d’Internet

Ça se pourrait, mais non ! Tout simplement parce que même si cela semble logique et réel, cela ne veut pas dire que c’est vrai et surtout que nous devons l’accepter. L’homosexualité a été considéré comme une maladie pendant des siècles, et pourtant c’était totalement faux !

Notre histoire est faite de constantes avancées : on peut citer l’abaissement de la durée du temps de travail, l’interdiction du travail des enfants, etc. Depuis qu’internet et les réseaux sociaux existent, cela ressemble à un immense Far West. Pourtant, cela ne devrait pas être ainsi. C’est pour cela que nous avons besoin d’éducation, d’aide pour comprendre les discours de haine et pour pouvoir les contrer, mais aussi d’éducation aux nouveaux médias, de la mise en place d’une citoyenneté digitale, de la diversité des compétences. Ainsi, les gens pourront naviguer en ligne de manière sereine, en confiance et avec respect.

8. C’est le problème des réseaux sociaux, ils n’ont qu’à se débrouiller

Comment devons-nous nous comporter en ligne ? Quelles sont les règles ? Au quotidien, notre vie est régie par des lois et des standards internationaux, dépendant dans la plupart des cas de décisions adoptées de manière démocratique. En ce qui concerne notre vie en ligne, tout cela est régulée par des termes et des conditions imposés que nous acceptons sans même prendre le temps de les lire.

La haine est un problème de société. Un problème reflété et même amplifié en ligne. Les réseaux sociaux doivent prendre part à la résolution de ce problème, et ils commencent à le faire. Cependant, ce n’est pas et ce ne doit pas être leur seule responsabilité. C’est également notre responsabilité à tous, nous, les citoyens, les gouvernements, les associations, les législateurs, les policiers, les enseignants, les activistes. Toutes et tous, nous devons prendre part ensemble à cette action et trouver une solution. Que cela nous plaise ou non, cela dépend de nous toutes et de nous tous.

 

Article écrit par Julia Mozer, Conseillère et spécialiste des discours de haine pour Facing Facts, projet développé par CEJI – Contribution Juive pour une Europe Inclusive

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